CITATIONS

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Les interdits alimentaires révèlent avec une clarté particulière la transformation du sacré en taxonomie arbitraire. Un Dieu qui distingue le bœuf du porc non par leurs qualités nutritives, ni par leur impact écologique, ni par la souffrance de leur mise à mort, mais par la présence ou l'absence d'un sabot fendu, n'exprime aucune sagesse repérable. Il reflète simplement les catégories mentales d'une société pastorale antique qui a érigé ses classifications en loi éternelle

Une femme juive orthodoxe doit respecter des règles strictes : ses jambes doivent être couvertes jusqu'au genou — et pas seulement debout, mais aussi assise. Ses bras doivent être couverts jusqu'au coude. Son décolleté ne doit pas laisser voir les clavicules. Les vêtements ne doivent pas être moulants. Certaines couleurs, comme le rouge, sont proscrites car jugées trop voyantes.

Et puis il y a les cheveux. Une femme mariée doit couvrir ses cheveux en public. C'est une obligation halakhique (de la loi juive) considérée comme transmise par Moïse au Mont Sinaï. Mais voici le paradoxe qui défie l'entendement : pour respecter cette obligation de couvrir ses cheveux naturels, de nombreuses femmes orthodoxes portent une perruque — un sheitel — faite de... cheveux humains.

la femme doit se couvrir pour ne pas susciter la tentation chez l'homme, car l'homme est considéré comme incapable de maîtriser ses pulsions face à la vue d'une chevelure féminine ou d'un coude nu.

Dieu, s'il existe, est du côté de ce qui relève l'humanité — pas du côté de ce qui l'administre.

Dieu a-t-il voulu que des femmes soient enchaînées à des mariages morts ? A-t-il voulu que la sanctification du Shabbat devienne une administration scrupuleuse de l'interdit ? A-t-il voulu que la pureté alimentaire se transforme en industrie globale de certification ? Ou bien faut-il penser que les hommes, comme toujours, ont ajouté autour du sacré tout un appareillage de contrôle — jusqu'à faire passer leurs propres constructions pour des volontés divines ?

Si Dieu est réel, il n'a pas besoin d'être protégé par des règles absurdes, des hiérarchies corrompues, des tabous alimentaires ou des lois qui condamnent les femmes violées. Il n'a pas besoin qu'on lui prête la paternité de tout ce que les hommes ont construit pour garder le pouvoir.

Le silence respectueux devant la religion a un coût. Ce coût, ce sont les femmes qui meurent d'un avortement clandestin. Les enfants marqués dans leur chair avant de pouvoir consentir. Les mourants contraints à souffrir au nom d'une théologie de la rédemption par la douleur.

À chaque fois, le mécanisme était le même. Invoquer le nom de Dieu pour légitimer ce qui relevait d'intérêts humains : le pouvoir, le contrôle, la domination, la peur, la perpétuation d'un ordre social qui arrangeait ceux qui étaient au sommet.

Au fond, tout ce livre peut se résumer à un seul critère : qu’est-ce qui, dans une religion, élève réellement ? Et qu’est-ce qui écrase ? Si Dieu existe, il est permis de penser qu’il est du côté de ce qui élève.

Ce que les religions ont de plus profond n’est presque jamais ce qu’elles administrent le plus efficacement. Le plus profond, ce sont souvent la justice, la miséricorde, l’humilité, l’attention au pauvre, la vérité du cœur. Mais ce qu’elles savent le mieux organiser, ce sont souvent les vêtegments, les signes, les hiérarchies, les rôles de sexe, les frontières du groupe, la conformité visible, la honte et le contrôle.

Le terrorisme religieux est l’aboutissement extrême de tous les mécanismes analysés dans cet ouvrage : la peur sacralisée, l’ennemi absolu, l’obéissance sans conscience, la récompense transcendante. Il ne surgit pas du néant. Il surgit de terrains que certaines formes de religion ont préparés.

Il est possible de croire en Dieu en refusant de croire que tout ce qui a été dit en son nom vient de lui. Il est possible d’être profondément spirituel en restant profondément critique à l’égard des institutions.

Quand une institution protège ses agresseurs au nom de sa réputation, elle ne défend plus Dieu. Elle se défend elle-même.

Dum Diversas : une bulle papale a rendu l’esclavage légitime en 1452. L’Eglise a condamné l’esclavage en 1837. Entre les deux : 385 ans et des millions de destins brisés.

La Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise en France (CIASE) a estimé en 2021 que 330 000 personnes avaient été victimes d’abus commis par des membres du clergé depuis 1950. Ce chiffre n’est pas le plus accablant. Le plus accablant est ce que les enquêtes ont systématiquement révélé : la dissimulation était organisée, institutionnelle, délibérée.

Peut-être que Dieu préfère un être libre qui choisit le bien, à un robot obéissant qui exécute le mal.


Une institution qui torture au nom de Dieu n’a pas perdu la foi. Elle a perdu Dieu.

Ne croyez pas quelque chose simplement parce que vous l'avez entendu. Ne croyez pas aux traditions parce qu'elles ont été transmises depuis de nombreuses générations. Ne croyez pas quelque chose simplement parce que c'est dit et répété par beaucoup. Ne croyez pas quelque chose simplement parce que c'est écrit dans vos livres religieux. Ne croyez pas quelque chose sur la seule autorité de vos maîtres et anciens. Mais après observation et analyse, quand vous découvrez par vous-mêmes que quelque chose est bon et conduit au bien-être de tous, alors acceptez-le et vivez-le.

Aucune grande religion ne prêche la guerre comme idéal premier. Toutes ont construit des doctrines pour la sanctifier quand leurs institutions y trouvaient un intérêt. La guerre sainte n’est pas une aberration de la foi : elle est l’une des formes les plus efficaces du sacré mis au service du pouvoir politique


Aucun de ces mécanismes n'est proprement religieux. Ce sont des mécanismes humains, archaïques, tenaces. Mais la religion leur donne quelque chose que rien d'autre ne peut donner : l'absolu. Et l'absolu, c'est ce qui ferme définitivement la porte au doute

Aucune grande religion ne prêche la guerre comme idéal premier. Et pourtant, rares sont celles qui n’ont pas, à un moment de leur histoire, construit des doctrines théologiques pour la justifier, l’organiser, et lui conférer une dimension sacrée. La guerre sainte est l’une des constructions les plus durables et les plus meurtrières de l’histoire religieuse.

Le scandale n'est pas que des hommes d'Église aient péché. C'est que l'institution ait choisi, systématiquement, de protéger l'institution plutôt que les victimes. Là, le masque tombe. Ce n'est plus de la foi. C'est de la politique.

Dieu, dans cette logique, n'est pas seulement adoré. Il est utilisé comme justification ultime du regard que la communauté pose sur chacun de ses membres.


La religion n'a pas inventé la peur. Elle a fait quelque chose de bien plus fort : elle lui a donné une adresse sacrée. Et désormais, avoir peur, c'est obéir à Dieu.

Les aberrations religieuses ne sont pas des accidents. Elles sont le symptôme d'une dérive permanente : celle qui consiste à remplacer la vérité par le signe, la justice par la règle, la conscience par l'obéissance.

Si Dieu existe, il est difficile de croire qu'il se passionne pour les détails vestimentaires et reste indifférent devant l'injustice concrète. Il est beaucoup plus plausible de penser que les hommes, comme souvent, ont déplacé l'attention divine là où ça les arrangeait : sur ce qui se contrôle, sur ce qui se voit, sur ce qui ne dérange pas trop l'ordre établi.

Au Moyen Âge, les théologiens chrétiens et les rabbins ont développé des explications divergentes sur l'origine des menstruations. Pour les chrétiens, la perte de sang était un signe d'imperfection corporelle. Pour les rabbins, c'était une punition appropriée pour expier la faute d'Ève qui a provoqué la mort d'Adam, et pour maintenir les femmes « dans un état constant de repentance ».

La confession auriculaire obligatoire n’existe pas dans le Nouveau Testament. Elle a été inventée en 1215 par un concile. Elle a produit un dispositif de surveillance intérieure d’une efficacité sans précédent — et un secret institutionnel qui a protégé des crimes pendant des siècle


Le péché originel est une dette héritée que personne n’a contractée. C’est peut-être la plus brillante invention de l’histoire religieuse pour produire un sujet dépendant — et la plus difficile à remettre en question, parce qu’elle prétend décrire la nature humaine elle-même.

Imposer la souffrance au nom de Dieu n'est pas de la compassion. C'est de la théologie qui s'exerce sur un corps qui n'a pas demandé à être le lieu d'un débat métaphysique.


Il n'existe pas de tradition culturelle ou religieuse qui puisse légitimer de faire d'une enfant l'épouse d'un adulte. Aucune. Pas même au nom de Dieu.

Dieu a-t-il voulu enchaîner des femmes à des mariages morts ? Dieu a-t-il voulu qu'une femme violée risque la lapidation pour avoir survécu ? On est en droit d'en douter fortement.

Dans plusieurs États islamiques, une femme violée risque d'être condamnée pour fornication si elle ne peut pas prouver le viol. Le crime se retourne contre la victime.

La religion n'empêche pas les femmes d'avorter. Elle empêche certaines d'entre elles de survivre à l'avortement.

Dans presque toutes les grandes religions historiques, le contrôle sexuel passe principalement par le contrôle des femmes. On invoque la famille, mais on surveille d'abord les filles. On parle de pudeur, mais on règle surtout les corps féminins.

L'abattage rituel sans étourdissement préalable — shehita juive et dhabîcha islamique stricte — est associé à une souffrance animale documentée. L'électroencéphalogramme des bovins montre une activité cérébrale continue indiquant une réponse à la douleur pendant 19 à 113 secondes après l'incision carotidienne.

L'excision et les mutilations génitales féminines (MGF)

Selon les données les plus récentes de l'OMS et de l'UNICEF, plus de 230 millions de femmes et de filles actuellement vivantes ont subi une forme de mutilation génitale féminine. Environ 4,2 millions de filles sont exposées au risque chaque année — soit 11 500 par jour.

L'assemblée générale des Nations Unies a adopté en 2012 une résolution (A/RES/67/146) appelant à l'élimination des mutilations génitales féminines. Plus de 60 pays ont adopté des législations spécifiques criminalisant les MGF. Pourtant, les taux de diminution restent lents : entre 1985 et 2023, la prévalence moyenne dans les pays pratiquants n'a baissé que de 15 points de pourcentage (de 51 % à 36 %), alors que dans le même temps, la croissance démographique a maintenu le nombre absolu de victimes à un niveau stable.

Entre le message coranique originel de simplicité monothéiste et les systèmes juridiques qui en sont issus, il y a tout l'espace où les hommes ont projeté leurs hiérarchies, leurs peurs, leur besoin de contrôle — surtout du corps des femmes. Ce n'est pas Dieu qui a décidé que le hijab devait être obligatoire en Iran ou que quitter l'islam mériterait la mort. Ce sont des hommes. Et ils ont parlé en son nom.


Il existe dans le judaïsme orthodoxe une forme légale de séquestration matrimoniale, où un homme peut tenir une femme prisonnière d'un mariage mort aussi longtemps qu'il le souhaite. Aucun texte biblique n'exige ce déséquilibre — il est le produit d'une interprétation halakhique médiévale jamais réformée.

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